#ParisMarathon: Hélas, je n’ai pas battu Bekele

Il s’en est fallu de peu, juste 2 heures 9 minutes et 3 secondes de trop pour que je me retrouve en une de l’Equipe, que Stade2 me consacre un reportage, que des milliers de sportifs parlent de mes performances via les réseaux sociaux et qu’on fasse de moi un prétendant à l’or olympique à Rio en 2016. Mais bon, il faut se rendre à l’évidence. Je n’ai pas fait le poids face à Kenenisa Bekele. Au moment, où le détenteurs de multiples records du monde a bouclé ses 42,195 kms, je n’en étais pour ma part qu’à mon 22ème kilomètre.

Les dés étaient pipés à l’avance !

Sans mauvaise foi, il faut bien reconnaître que nous n’avons pas eu droit au même traitement de faveur des organisateurs. Pendant qu’ils lui ont déroulé le tapis rouge, l’ont dans les meilleures conditions en le gratifiant d’un tas d’avantage financier et logistique (pas moins de 150 000 euros en cas de victoire), ils ont délesté mon compte en banque de 70 euros. Dans un grand élan de générosité, ils m’ont offert en échange un dossard, sésame indispensable pour concourir, et un sac souvenir rempli de prospectus pour d’autres courses, de petits paquets d’Haribo Polka, de pistaches, d’une sucette Compex (allez savoir pourquoi), d’une lampe frontale, d’un échantillon de Baume du Tigre, d’un plan du métro et d’un bracelet souvenir et un sachet plastique pour se protéger sur la ligne de départ …

Tenue de combat !

Tenue de combat !

Rebelote le jour de l’épreuve, Monsieur Bekele a eu droit au dossard n°1, au sas Élite et autres avantages diverses. Moi, j’ai dû me contenter du dossard 16755 et me coltiner un sas dans lequel j’allais devoir notamment composer avec des sportifs en proie à des difficultés gastriques et obligés de patienter pour obtenir un accès à un trône pas tout à fait royal. Bonjour les odeurs !

Si l’on ajoute à cela que la légende kenyane a parcouru modestement 240 kilomètres chaque semaine en guise de préparation quand j’atteignais, fier de moi, la barre des 200 bornes mensuelles, il n’en faut pas beaucoup plus pour comprendre que les dés sont pipés d’avance.

Le soleil au rendez-vous !

Derniers sourires avant le départ

Derniers sourires avant le départ

Bon, le quadruple champion olympique a sans doute tremblé un vingt-cinquième de secondes, à l’évocation de mon nom. Ce frisson lui est vite passé lorsqu’il a appris ma présence dans le sas 3h30. Eh oui, fort de ses privilèges, Kenenisa a franchi la ligne de départ avec 15 bonnes minutes d’avance sur moi. Il était donc 9 heures et des cacahuètes dans la capitale, quand moi, digne représentant de la Muvrinie, me suis élancé à la poursuite du potentiel futur recordman du monde de la discipline. Le soleil était enfin venu à bout des nuages et avait sorti ses plus beaux rayons, les spectateurs étaient présents en masse sur le parcours.

Après avoir descendu les Champs-Elysées (ma descente la plus rapide et la plus fluide de tous mes temps), j’ai bifurqué comme les centaines de coureurs autour de moi sur la Rue de Rivoli via la magnifique place de la Concorde. Dès les premiers kilomètres, les sensations sont bonnes. Avec mes compagnons de course, oui nous courons pour l’Oeuvre des Pupilles et Orphelins de Sapeurs-Pompiers, nous sommes dans le bon tempo. Au cinquième kilomètre, nous sommes parvenus à une meilleure prise de la Bastille qu’à celle du ravitaillement (pour tout dire, on l’a pas vu). Les badauds présents sur les bords de route scandent mon nom et m’encouragent, je peux filer vers le Bois de Vincennes. Sur place, je fais la connaissance de mon fan-club japonais qui est chaud comme la braise. Mon partenaire de course harangue un peu la foule qui lui rend la pareille. On est bien Tintin, et cette fois, on a eu notre ravitaillement. Arrivée à proximité du Chateau de Vincennes, j’en profite un peu pour faire le guide touristique pendant que les Sapeurs-Pompiers présents en bord de route en profitent pour rafraîchir la foule à l’aide de lances à eaux judicieusement placées.

Tunnels, le début des difficultés !

Voilà presque déjà deux heures de course qui viennent de s’écouler quand nous parvenons à mi-parcours (1h59’17 » très exactement). Le temps passe vite, je suis porté par les encouragements des spectateurs et les rythmes des nombreux groupes de musique présents. Encore quelques kilomètres à effectuer et je sais que le plus dur va commencer avec les tunnels des quais de Seine. Le premier d’entre eux, particulièrement long, offre la sensation d’être en boite de nuit. Les spotlights sont de sortie, la musique va à toute berzingue et l’air est malsain. Nous enchaînons ensuite sur trois autres mini-tunnels. Ca monte, ça descend, ça monte, ça descend, ça monte, ça descend, les jambes trinquent. La vue sur la Tour Eiffel et surtout la perspective du ravitaillement peu avant le 30ème kilomètre sont salvateurs (enfin pas pour tout le monde). Alors que je profite pour bien me restaurer et reprendre, un coureur glisse sur une peau de banane jonchée sur le sol et s’offre un beau vol plané et une belle frayeur. Le temps de l’aider à se relever et je suis reparti.

Au KM 30, le chronomètre indique 2h51’04 »Les jambes commencent à être lourdes mais je suis toujours là dans les allures de mon objectif. Jusqu’au 33ème, je tiens le cap mais les jambes deviennent de plus en plus lourde. Depuis trois kilomètres, j’ai laissé mes coéquipiers prendre le large. Je suis seul et m’accroche pour ne pas m’arrêter. Allez plus que deux kilomètres avant un nouveau ravitaillement, je maintiens tant bien que mal le cap. Même si le soleil a disparu, l’air est lourd.

Plus de jambes et une dent en moins ! 

Arrivé au 35ème, j’en profite pour bien m’hydrater, reprendre quelques forces grâce aux bananes, oranges et fruits secs. La consommation d’une banane séchée me coûtera d’ailleurs la perte d’une dent. Hélas quelques mètres à peine après avoir constaté cette carence dentaire, c’est au tour de mes jambes de me lâcher. Un début de crampes s’invite dans l’arrière de ma cuisse. Je rejoins alors le bord de route pour tenter d’étirer un peu la jambe quand une autre douleur s’invite sur le devant de cette même cuisse. J’hésite quelques secondes à lancer une alerte enlèvement de mes muscles et puis la raison reprend le dessus et me pousse à continuer … Advienne que pourra !

Alors que je n’en avais pas eu besoin jusque là, l’envie d’écouter de la musique s’est fait sentir. Sans aucun doute, le « Run Boy Run » de Woodkid s’est imposé. Ça m’a fait du bien et puis mon MP3 n’en a fait qu’à sa tête en décidant de m’affliger cinq à six fois la même chanson et de devenir incontrôlable (la sueur et la moiteur de mes doigts ne m’aidant pas à le contrôler). Pendant ce temps, les mètres s’enchaînent puis les kilomètres. Alternant course et marche rapide, ça n’avance pas très vite, mais ça avance. L’allure moyenne est passé de 10,6 km/h avant le 35ème à 9 km/h jusqu’au KM40.

On a la même passion mais on n’a pas les mêmes jambes !

Comme lors de mon premier marathon, mes jambes sont bizarrement de retour à deux kilomètres de l’arrivée. Mon lecteur MP3 est lui de nouveau contrôlable. Au KM 41, j’essuie une petite larme fier d’avoir bouclé mon deuxième marathon et après un bref retour en images sur trois ans (en fait deux ans réguliers) de course à pied. A la sortie du bois de Boulogne, avoir écouté une dernière chanson, j’ai décidé de profiter pleinement de mon arrivée et des encouragements . Assez bizarrement, les spectateurs sont assez calmes. Je me puise dans mes dernières forces pour aller un peu chatouiller les badauds en bord de route et les encourager à nous supporter avec plus d’enthousiasme.

Au voilà, le dernier kilomètre qui se profile et j’en profite pour lâcher les gaz et terminer dans l’allure initialement fixé.

J'ai eu la médaille mais pas la prime de Bekele !

J’ai eu la médaille mais hélas pas la prime de Kenenisa Bekele !

Le chronomètre affiche 4h14’05, soit 14 minutes de plus que l’objectif de base, mais surtout 14 minutes de moins que la précédente marque. Après avoir récupéré mon maillot de finisher et ma médaille, je file vers les ravitaillements. Mais je devrais me contenter de trois tucs puisque les oranges et les bananes, j’en ai eu assez pour la journée. Une heure plus tard, je me rattraperai sur un hamburger frites, des chips et une bonne bière … Au même moment, Bekele était sans doute déjà rentré chez lui, avait sans doute déjà pris une bonne douche et se reposait tranquillement ! On a la même passion, mais on n’a pas les mêmes jambes.

Voilà, j’ai couru le Marathon de Paris, je n’ai pas battu BEKELE, mais place désormais à d’autres courses, et espérons à un prochain marathon à Barcelone pour mes 30 ans.

Eux non plus n'ont pas réussi à battre Bekele, mais ils ont réalisé une belle perf au Marathon de Paris :

- Runner Life : Marathon de Paris 2014 en mode tourisme 
- Alexandre - Marathon de Paris 2014 - Laissez-moi vous raconter mon dépucelage
- Maitre Sybarite : Marathon - Paris - 2014  

 

 

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3 réflexions sur “#ParisMarathon: Hélas, je n’ai pas battu Bekele

  1. Effectivement, CR très sympa. Ça donne une bonne idée de l’ambiance qui existe au MDP.
    Félicitation pour cette nouvelle marque sur marathon, tu l’auras l’année prochaine ton 4h.
    Bonne récup !

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